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Le site Mvslim.com s’est fait un nom aux quatre coins de la planète, jusqu’à la Maison-Blanche. Et tout cela depuis un petit appartement anversois.

Anvers – Voici un an, les fondateurs du site Mvslim.com étaient incapables de dire si leur initiative intéresserait qui que ce soit. Aujourd’hui, ils sont courtisés par de grands fonds d’investissement américains. Leur projet pèse virtuellement plus d’un demi-million de dollars et le monde entier s’intéresse aux récits qu’il publie sur le quotidien des musulmans. Le compteur indique 10 millions de visiteurs, dont un tiers aux États-Unis. « On nous demande parfois si nous avons des bureaux à New York ou à Boston », s’amuse Taha Riani, cofondateur du projet. Peu de choses laissent en effet penser que Mvslim.com est établi dans un petit appartement du centre-ville d’Anvers, et encore moins que ce sont deux jeunes entrepreneurs flamands qui tirent les ficelles d’une initiative qui ne leur a pas encore rapporté le moindre centime. Très professionnel et très soigné, le site Web est entièrement en anglais. Sur la page d’accueil, une analyse sur les attentats de Bruxelles côtoie un reportage sur une championne de taekwondo voilée. En marge, des petites annonces aident de jeunes musulmans à trouver l’âme sœur ou à déclarer leur flamme (« Nous pouvons avoir quatre femmes, mais tu resteras la seule, car à mes yeux tu comptes pour dix »).

Les créateurs sont eux-mêmes surpris par l’ampleur du succès. La popularité du site démontre pourtant que Hanan Challouki (23) et Taha Riani (20) ont bien fait de proposer ce contre-pied à l’actualité négative qu’on associe souvent à l’islam. Taha saisit le mot-clé « musulman » dans Google Images et le résultat est édifiant : des hommes barbus, des drapeaux de l’État islamique, des scènes de terrorisme et de radicalisme. « On omet totalement de parler de l’envers du décor », déplore-t-il. « Avec Mvslim.com, nous voulons briser les stéréotypes. Et puisque les médias traditionnels ne veulent pas nous y aider, il ne nous restait plus qu’à créer notre propre canal de diffusion », ajoute Hanan.

Au-delà de leurs dix millions de visiteurs, le grand nombre d’auteurs bénévoles prouve également l’étendue des besoins de la communauté pour un média de ce type. Le site en compte plus de 300, dont la moitié à l’étranger. Une équipe de six rédacteurs gère ensuite le flot de contributions par rubrique.

« Notre devise est : inspire, motivate, unite », reprend Taha. « Nous avons fait le choix de ne pas nous limiter aux sujets strictement religieux. Nous voulons éviter les articles qui parleraient par exemple des interdits du Coran, car nous voyons l’islam comme un facteur identitaire, et pas uniquement comme une religion. Notre identité se compose d’une multitude d’éléments, et la religion n’en est qu’un parmi d’autres. Nous préférons nous placer dans la perspective de l’homme, plutôt que d’expliquer que nous prions cinq fois par jour. Nous voulons proposer du contenu auquel nous pouvons nous identifier ».

Mvslim.com ne craint pas les tabous. « C’est une ligne directrice que nous avons délibérément choisie » précise Hanan. « Notre génération est différente. Elle est avant-gardiste, capable de penser et de s’exprimer, ambitieuse. Nous sommes ouverts au dialogue, nous nous soucions des problèmes sociétaux ». L’un des articles les plus lus du site aborde la question du racisme chez les musulmans à l’égard de leurs coreligionnaires d’Afrique noire. Les articles qui traitent de l’homosexualité sont également les bienvenus. « C’est un sujet dont on ne parle jamais au sein de notre communauté ».

Le récit de Kadra Mohamed, première femme policière voilée du Minnesota, démontre lui aussi tout le potentiel du site. Hanan avait relayé cette histoire, publiée à l’origine sur un blog local, et grâce à Mvslim.com, elle a été partagée plus de 467 900 fois sur les médias sociaux dans l’intervalle. Très vite, Kadra Mohamed a été invitée par Barack Obama pour un iftar (dîner pris chaque soir au coucher du soleil par les musulmans pendant le jeûne du ramadan, ndt) à la Maison-Blanche.

Dès le départ, les fondateurs entendaient donner à leur projet une portée internationale. C’est notamment la raison pour laquelle ils ont préféré l’extension « .com » au « .be » et qu’ils ont opté pour l’anglais comme langue véhiculaire. Hanan : « nous voulions un site international, car notre problématique est universelle. Les stéréotypes ne connaissent pas de frontières. Nous étions un peu plus dubitatifs par rapport à l’anglais, mais nous sommes aujourd’hui très contents de ce choix ».

Hanan et Taha s’interrogent à présent sur la suite à donner à leur initiative. En dépit du succès rencontré, les deux entrepreneurs ne peuvent y consacrer qu’une part de leur temps, car la majeure partie de leur énergie doit être dédiée à leur agence publicitaire Allyens. C’est de cette activité que proviennent les ressources de Mvlsim.com. « Nous devons faire un choix : trouver un investisseur externe ou rechercher des annonceurs », explique Taha. Ni l’un ni l’autre ne devrait poser problème : le grand fonds d’investissement Romulus Capital, créé dans le giron de l’université Harvard, s’est d’ores et déjà montré intéressé, au même titre que la marque de prêt-à-porter Inaya et qu’un site de rencontre pour musulmans. Taha Riani préfère pour l’instant l’option de l’investisseur, mais aucune décision n’a encore été prise.

Une chose est sûre : pour faire évoluer le site, ils auront besoin de moyens. Mais les deux entrepreneurs sont ambitieux : ils aimeraient avoir une rédaction dans chaque pays, envisagent la création d’un site spécifique pour les musulmans francophones, et aimeraient aussi plus de contenus vidéo, à l’image d’AJ+, un site très en vogue créé par le groupe Al Jazeera à l’adresse des jeunes musulmans. En attendant qu’une décision soit prise, les deux jeunes flamands organiseront une conférence le 30 avril pour fêter leur un an d’existence. Ils y convient tous ceux qui adhèrent à leurs idées et à leur dynamisme. Nom de code : Mvlsim Connects.

http://daardaar.be

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