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Quelques inquiétudes, déjà, au sujet du gouvernement…,

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altEt finalement, l'accouchement de ce gouvernement a eu lieu, dans de bonnes conditions, après une période d'attente qui a failli faire sortir l'heureux enfant les pieds devant.  L'évènement est heureux et les gens s'apprêtent à donner libre cours à leur joie sauf que, dès leur bouche ouverte pour exprimer leur contentement, ils se figent, bras ballants et bouche en O… Pourquoi ? Lisons la suite…

 

Ce gouvernement, au final, est la concrétisation suprême de tout le processus de réformes qui a commencé avec le Mouvement du 20 février. Ce gouvernement, avec ses noms, ses visages et ses parcours personnels est le reflet exact de la nouvelle Constitution. Il s'agit là du troisième grand espoir du Maroc indépendant, après le gouvernement d'Abdallah Ibrahim, puis celui d'Abderrahmane el Youssoufi ; mais le feu de l'espoir de ces deux expériences s'est vite consumé. De ce fait, avec le gouvernement Benkirane, la crainte de la déception est d'autant plus grande que les attentes sont grandes et l'espoir extrême. Et bien entendu, les preuves, indices et autres raisons qui nous inquiètent sont légion.
 
Pour commencer, on a pu relever une différence entre la formation de la majorité et celle du gouvernement. Ainsi donc, dans le premier cas, le comportement adopté a créé un précédent, qui établira – nous l'espérons – une louable et heureuse tradition, comme ce pacte de la majorité, ou la mise sur pied d'un comité des Secrétaires généraux pour arrêter la structure du gouvernement, ou encore cette pratique démocratique du choix des ministres initiée par le PJD… Quant à la formation du gouvernement, elle a donné lieu à une confrontation entre Abdelilah Benkirane et la triste et dure réalité, une réalité où il s'est retrouvé entre le marteau et l'enclume, le marteau des ambitions des membres de la majorité qui exigeaient le plus de postes possibles, faisant pour cela preuve d'une maestria sans nul doute plus marquante que celle qu'ils montrent dans la gestion de la chose publique, et l'enclume du palais pour lequel la Constitution, nonobstant les progrès qu'elle a apportés, établit qu'il détient le dernier mot, et même le premier et aussi l'intermédiaire…
 
La gestion des portefeuilles et des noms à y affecter, maintenant…  Elle a fait retomber tous les espoirs, et surtout au sein de l'Istiqlal, où M. Abbas el Fassi a ébranlé les fondements de la démocratie interne en se comportant avec la délégation de négociation à lui faite par son Comité exécutif comme le ferait un maître avec sa propriété.
 
Et cette gestion des ministères a fait basculer Abdelilah Benkirane de se vertueuse propension à communiquer à un mutisme regrettable, ce qui a ouvert la voie à moult interprétations, suppositions et autres supputations sur la composition du gouvernement que certains esprits éclairés ont qualifié à juste titre de "gouvernement des journaux". Communiquer ne signifie pas nécessairement dévoiler les aspects confidentiels de la négociation, mais permet en revanche de donner des indications sur ce qui se produit et de garantir la perpétuation de ce qui est bien et le recul de ce qui ne l'est pas.
 
L'aboutissement naturel de ce travail d'accouchement a finalement été un gouvernement d'équilibres politiques en lieu et place d'un gouvernement de dossiers et de grandes questions, un gouvernement soucieux de la majorité numérique et non d'une cohésion avec les priorités qui seront présentées et défendues par la déclaration de politique générale de Benkirane devant le parlement… L'Espagne, qui, démographiquement, est deux fois plus grande que le Maroc, et qui est ébranlée par une crise économique en forme de tsunami, vient d'installerer son gouvernement, un gouvernement de 13 personnes, répartis entre des départements en phase avec la situation de crise que le pays connaît. Certes, le Parti Populaire espagnol a obtenu la majorité absolue, ce qui lui a facilité la tâche mais nous, au Maroc, nous aurions pu arriver au même résultat, en l'occurrence un effectif de 15 personnes qui avait été annoncé initialement par les chefs du PJD… Oui, cela aurait pu être réalisé si certains partis formant la majorité n'étaient pas réduits au rang de simples officines de fabrication de ministres, des officines dont les codes sont aux mains du leader, le "Zaïm", pour rester dans la nomenclature dédiée, et dont les justificatifs des prétentions est la sempiternelle – et supposée – profession de foi : "Obtenir ce qui correspond au passé militant et politique du parti, et pas seulement à son poids électoral".
 
Les optimistes les plus résolus ne pourront ainsi pas comprendre cette démission du ministre Aziz Akhannouch du RNI, afin d'intégrer  un gouvernement dont il n'a cessé de qualifier le président et son parti de tous les mots et d'autres maux. Cette affaire représente effectivement un des symboles de la légèreté qui imprime l'étape actuelle, mais aussi un comportement qui incitera les gens à non seulement ne pas tourner la page, mais ramasser leurs feuilles et documents et s'en aller vers un désintérêt absolu pour la chose politique.
 
Notre mémoire, Messieurs, n'est pas défaillante… N'aviez-vous pas déclaré, lors d'une réunion du fameux "G8" que vous aviez concocté une alliance stratégique pour la modernité et pour affronter les forces conservatrices et renfermées sur elles-mêmes, représentées au sein du PJD ? N'avez-vous pas levé des bras unis en signe de victoire sur la terrasse d'un hôtel de Rabat, et encore dans un hôtel casablancais, affichant l'assurance de ceux qui sont convaincus de leur bon droit et arborant les sourires des Justes, nous lisant le pacte sensé délivrer les Marocains de l'épouvantail des talibans locaux ? Et aujourd'hui, toutes et tous peuvent contempler le reniement de son pacte par M. Laenser et son acceptation de la nouvelle coalition gouvernementale. Et la même chose s'est produite pour l'UC, mais en pire, car elle s'est proposée, mais a été refusée... Et là, la dernière sortie en la matière a été celle du Sieur Aziz Akhannouch, qui a été fait ministre avant d'intégrer le RNI, alors que quelques heures avant d'accéder au panthéon gouvernemental, il était encore MP, parti qu'il a dû quitter suite à son éviction de la majorité gouvernementale, tout cela se déroulant en l'an de grâce 2007…
 
Tout cela, Messieurs, constitue les prémisses  de l'émiettement de la confiance placée dans le parti qui a reçu l'onction des urnes ; ces choses ne sont pas des détails mais constituent l'essentiel… des fautes morales qui nécessiteraient un retour à la raison…
Entre la démission d'Akhannouch et l'installation par le roi du nouveau gouvernement, il s'est passé un très court laps de temps, mis à profit pour désigner le ministre des Affaires étrangères sortant, Taïeb Fassi Fihri, au Cabinet royal en qualité de conseiller, s'ajoutant aux autres conseillers nommés après la victoire électorale des amis de Benkirane, à savoir Yassir Zenagui, Fouad Ali el Himma et, avant eux, Menouni et Sahel. Il s'agit sans conteste d'un gouvernement de l'ombre, d'un groupe compact d'hommes résolus à flirter avec les frontières qui délimitent les prérogatives gouvernementales telles qu'elles ont été définies par la Constitution.
 
Ce sont donc là les inquiétudes en marge de la formation du nouvel exécutif… et de la même manière que nous présentons nos meilleurs vœux  aux Marocains pour une bonne et heureuse année, nous souhaitons bonne chance à ce gouvernement grevé de contradictions et croulant sous les contraintes. En lui donnant rendez-vous pour la présentation des résultats de son action.
 
Al ayam
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