Neuf détenus islamistes, dont au moins un condamné à mort, appartenant à la nébuleuse terroriste de la Salafiya djihadia se sont évadés, dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 avril, de la prison de Kenitra, une ville située à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale, Rabat.
L'évasion a été soigneusement préparée. Sans éveiller l'attention du personnel, les prisonniers ont creusé un tunnel depuis deux cellules contiguës qu'ils partageaient jusqu'à l'extérieur de l'établissement pénitentiaire, au-delà du mur d'enceinte.
L'évasion a eu lieu de nuit. Ce n'est qu'au petit matin que les autorités ont constaté qu'une évasion collective avait eu lieu de " la Centrale ", comme les prisonniers appellent l'établissement. Depuis, des barrages routiers ont été mis en place dans la région par la gendarmerie royale. " Toutes les dispositions ont été prises pour retrouver les prisonniers évadés et déterminer les responsabilités ", indiquait, lundi, un communiqué du ministère de la justice.
Avant de s'évader, les neuf prisonniers ont laissé une lettre à des codétenus dont le contenu a été transmis à Abderrahim Mahtade, le président de l'association Annassir, qui vient en aide aux détenus islamistes.
S'estimant victimes d'une " injustice ", les auteurs écrivent : " Nous avons exploité en vain les recours légaux et frappé à toutes les portes. Il ne nous restait que ce moyen pour retrouver notre liberté. " Et d'ajouter : " Nous faisons porter la responsabilité à ceux qui nous ont condamnés. Il ne faut pas chercher de complicité parmi les détenus de l'administration pénitentiaire. Nous ne ferons de mal à personne et nous sommes heureux d'avoir recouvré notre liberté chérie. "
Les neuf détenus avaient été condamnés au lendemain des attentats de Casablanca de mai 2003, qui avaient fait 43 morts (dont 12 kamikazes). Parmi les fugitifs, figure Abdelhadi Eddahbi, condamné à la peine capitale (il avait été arrêté avant les attentats), et quatre autres condamnés qui purgeaient une peine de prison à vie. Les plus connus des évadés sont deux frères, Kamel et Mohamed Chetbi, qui résidaient en Espagne. L'un avait été arrêté au poste frontière de Ceuta alors qu'il retournait au Maroc, l'autre dans des conditions qui sont restées obscures.
L'évasion s'est produite le jour même où les islamistes incarcérés dans une dizaine d'établissements pénitentiaires du royaume observaient une grève de la faim de 24 heures pour protester contre les mauvais traitements dont ils estiment être victimes. Le même jour, plusieurs dizaines de femmes, membres d'Annassir, s'étaient réunies devant la prison d'Okacha, à Casablanca.
Les estimations du nombre de détenus islamistes varient. " Il y en a plus de 1 000 ", assure au Monde le président d'Annasir, dont 180 incarcérés à Kenitra, un établissement où près de 1 500 personnes, souvent condamnées à de lourdes peines, sont enfermées.
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