Les résultats d'un sondage d'opinion commandité par le Conseil de la Communauté Marocaine à l'Etranger et le ministère chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger fait ressortir un sentiment majoritaire de discrimination dans leurs pays d'accueil.
C'est une identité duale que les Marocains résidant à l'étranger présentent, selon les résultats d'un sondage d'opinion commandité par le CCME (Conseil de la communauté marocaine à l'etranger) et le ministère chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger.
Le sondage, réalisé en mai dernier dans six pays européens, fait ressortir ainsi un fort attachement au Maroc, le pays d'origine, combiné à un enracinement avéré dans les pays de résidence. Il s'agit d'une conclusion déjà connue notamment à travers le sondage réalisé l'année dernière par le CCME qui avait touché un échantillon représentatif de toute la communauté marocaine résidant en Europe. Cette année, les responsables se sont livrés au même exercice mais en se limitant seulement aux jeunes MRE âgés de 18 à 35 ans. Si les résultats ne différent pas trop du premier sondage en dévoilant une tendance majoritaire à la naturalisation puisque 59% des jeunes sondés détiennent déjà la nationalité du pays de résidence alors que 23% en ont fait ou comptent en faire la demande et seuls 15% n'ont pas l'intention de la faire, les statistiques montrent une certaine aggravation (spectaculaire en une année) concernant la discrimination dont pensent avoir été victimes les jeunes participant au sondage. En hausse par rapport à 2009, ce ne sont pas moins de 53% de ces jeunes MRE qui déclarent s'être sentis victimes de discriminations.
«D'une manière ordinaire, les indicateurs évoluent moins rapidement en l'espace d'une année. Or, nous avons relevé par exemple 4 points de plus qu'en 2009 en ce qui concerne le sentiment d'être victime de discriminations. Une évolution qui est importante en l'espace d'une année», explique Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion, l'organisme auteur du sondage. Même faiblesse en ce qui concerne la religion (13%) ou l'éducation (14% à 21% selon les domaines testés), les discriminations seraient selon les réponses des sondés plus nombreuses en ce qui concerne le travail (38%) et notamment l'accès à l'embauche (32%). De même, les répondants estiment largement plus difficile de s'en sortir dans le pays de résidence lorsqu'on est d'origine marocaine, principalement sur le travail (75%) mais aussi sur le logement (60%).
Hétérogénéité
Les résultats du sondage ont brossé un tableau général sur la situation des immigrés marocains marquée essentiellement par l'impact de la crise mondiale sur les économies des pays d'accueil. Cependant, ces pourcentages présentent seulement des tendances générales concernant les six pays européens. Chacun de ces pays recèle en effet, des particularités. «Globalement, on peut dire que nous avons affaire à trois catégories. D'abord, les pays où l'immigration marocaine n'est pas majoritaire notamment en France (les Algériens sont plus nombreux) et l'Allemagne où les turcs sont majoritaires. Ensuite, nous retrouvons des pays comme l'Espagne et l'Italie où l'immigration marocaine est relativement récente. Et enfin, les pays comme la Belgique et la Hollande où la situation des immigrés marocains est un peu particulière», ajoute Gaël Sliman. Dans ce sens, le vécu, tout comme les perceptions des MRE, peuvent changer d'un pays à un autre. Ainsi, il est possible de trouver un pays où les immigrés d'origines marocaines paraissent fondus dans la société d'accueil comme en Allemagne par exemple où le taux d'endogamie (mariage avec un partenaire marocain) est le plus faible en Europe, à un autre pays où les immigrés marocains sont confrontés à une situation de plus en plus difficile.
Les difficultés d'insertion sont encore plus perceptibles aux Pays-Bas. Dans ce pays, 54% des jeunes interrogés affirment ne bénéficier d'aucune aide pour chercher un emploi. Dans ce même pays, 79% des sondés affirment que l'image des marocains vivant en Hollande est mauvaise. Même constat en Belgique où ce taux s'établit à 63%. Concernant les difficultés et les discriminations pour trouver un travail, 83% des répondants en Espagne disent éprouver des difficultés dans ce domaine alors qu'en Hollande, qui arrive en deuxième position au classement des pays européens où il est difficile pour les immigrés de trouver un job, ce pourcentage est de 81%, alors qu'il recule légèrement en France et en Italie avec respectivement des taux de 77% et 70%. A la question sur le fait d'être reconnu dans son travail, 57% des participants aux Pays-Bas affirment avoir rencontré plus de difficultés alors qu'en Belgique et en France, 53% des sondés déclarent faire face à ce genre de difficultés.
Viennent ensuite des pays comme l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne avec respectivement 50%, 47% et 36%. Par ailleurs, les MRE sondés affirment faire face à des problèmes considérables pour trouver un logement notamment en Espagne où 72% des jeunes immigrés rencontrent des difficultés. En Italie, ils sont 69% à vivre la même situation. En France, ce pourcentage est de 63% alors qu'il s'établit à 57% en Belgique. L'Allemagne et les Pays-Bas sont les deux pays où les jeunes MRE rencontrent moins de difficultés à trouver un logement puisqu'à peine 34% et 30% déclarent souffrir d'un problème pour loger. Les disparités entre les différents pays retenus pour former l'échantillon retenu sont perceptibles également au niveau de l'accès aux soins.
D'une manière générale, 19% des participants au sondage ont des problèmes pour se faire soigner correctement. Selon les pays, la Hollande est classée première au niveau des pays où il est difficile de se faire soigner d'une manière correcte avec 54% des avis. Elle est suivie par l'Italie et l'Espagne avec respectivement 25% et 23%.
Education
Dans les domaines de l'éducation, les jeunes participants déclarent en majorité être traités sur le même pied d'égalité. Dans ce sens, 65% sur l'ensemble de l'échantillon ne trouvent aucune différence notamment dans la notation par rapport aux autres élèves ou étudiants du même âge. De même, 65% des sondés déclarent être traités de la même façon concernant la discipline et les sanctions. Plus globalement, ce sont à peine 17% des jeunes ayant fait des études dans le pays de résidence déclarent avoir été victimes de discrimination. Mais sur ce plan également, les résultats différent d'un pays à un autre. En France à titre d'exemple, 42% des personnes interrogées ont des difficultés à poursuivre une scolarité ou une formation alors qu'ils sont 34% en Hollande à partager le même avis.
Par Mohamed Badrane, le Matin

| < Précédent | Suivant > |
|---|







.jpg)