Dar Lekbira est une Organisation Non Gouvernementale apolitique et à but non lucratif qui intervient au profit des enfants de la rue, nommés pudiquement enfants en situation précaire. A travers des programmes optimisés de réhabilitation, Dar Lekbira prête aide et assistance aux enfants accueillis en leur procurant non seulement un abri à caractère familiale et une vie matérielle convenable, mais en leur assurant une éducation et un accompagnement capable de les préparer à une vie d'adultes responsables. Pour ce faire, l'association a mis en place plusieurs actions éducatives et culturelles susceptibles de reconnaître aux enfants de la rue leur droit à une vie de dignité et de respect.
A travers ses actions d'assistance humanitaires, Dar Lekbira contribue également au développement de l'esprit d'entraide et de solidarité au sein de la société civile, et à fédérer l’ensemble des acteurs aussi bien publics que privés autour de la précarité qui touche de plus en plus l’enfance au Maroc.
Zine Elabidine TAOUSSI, le président de l'association a accépté de réponde à nos questions
Comment vous est venue l’idée de créer une association ? Pourquoi le choix de l’enfance précaire ?
En 2004 en particulier, le phénomène des enfants de la rue s'est déclenché de manière alarmante dans la ville de Kénitra, d'où est née l'idée d'agir en urgence au profit de cette couche sociale très particulière. Pour ce faire, il fallait absolument trouver un cadre légal pour faire face à cette problématique. Au Maroc, très peu d'associations œuvrent au profit des enfants de la rue. Et malgré les efforts déployés dans ce sens, il nous reste encore beaucoup d'étapes à parcourir afin de minimiser ce problème.
Pourquoi Kenitra ?
Kénitra n'était pas un choix. Déjà, l'équipe de l'association est originaire de Kénitra. Elle vit et exerce dans la ville de Kénitra. Donc, devant le phénomène pitoyable des enfants de la rue, que beaucoup de gens ignorent et considèrent en tant que paysage quotidien de leur vie, il fallait agir dans l'immédiat et trouver une solution convenable au problème. Et là, nous étions obligés de nous procurer une villa de location pour commencer nos missions et concrétiser nos objectifs.
Combien y a-t-il d’enfants dans les rues du Maroc ?
Nous n'avons pas de certitude ni sur le nombre exacte des enfants vivant dans la rue, ni sur l’évolution du problème au Maroc, ou même dans le monde. Cela est essentiellement dû à l’absence du recensement périodique de cette couche sociale. Mais selon les statistiques les plus récentes du Secrétariat d’Etat marocain pour
Quelles sont les causes principales de ce phénomène au Maroc ?
Je pense personnellement que les causes principales de ce phénomène ne peuvent pas être toutes cernées. En parlant des enfants de la rue, nous lions toujours le phénomène à la pauvreté et aux conditions de vie misérables de la population concernée. Mais il y a bien sûr d’autres facteurs tels que l’échec et la déperdition scolaire, le divorce des parents et les disputes conjugales, l’exode rural, le taux croissant de chômage et l’absence des dispositifs de l’orientation et de l’accompagnement des jeunes. Ces facteurs sont tous, directement ou indirectement, le plus souvent à l’origine du phénomène.
Qu’est ce qui attire ces jeunes dans la rue ?
Pour les enfants en situation de précarité, la rue signifie la liberté et le détachement de tout lien de contrôle et de pouvoir. S'ils choisissent de vivre dans la rue, c'est pour fuir les problèmes familiaux, la misère, la pauvreté, les disputes insensées, l’inégalité sociale et tout ce qui s'en suit. Dans la rue, il ya aussi la possibilité de gagner sa vie facilement. D’ailleurs la majorité des enfants sont forcé à mendier, à voler, à faire un tas de choses illégales pour vivre et faire vivre leur entourage.
Quels sont les dangers essentiels qui les guettent ?
Dans la rue, les jeunes sont exposés à la mendicité, à l'humiliation, à toutes formes de violence, à l’abus sexuel et à toutes sortes de maladies graves et contagieuses dues au manque d'hygiène, à la prostitution et à l'utilisation des drogues et des psychotropes. Déjà, l’âge moyen de décès des personnes vivant dans la rue est estimé à 56 ans pour les hommes et 41 ans pour les femmes d’après les études faites sur la mortalité des personnes en situation de rue un peu partout dans le monde.
Comment Dar Lekbira répond-elle à ces problèmes ?
Dar Lekbira accueille ces enfants dans un milieu à caractère familial et répond à leurs besoins fondamentaux d'hébergement, d'alimentation, d'hygiène sanitaire, de suivi médical et psychologique, d'accompagnement social et d'assistance judiciaire. Elle leur offre également l'opportunité de s'instruire et de s'épanouir à travers la scolarisation et la formation professionnelle. Il y a aussi un travail énorme qui se fait pour rétablir les liens entre les enfants et leurs familles.
Dans le cadre de la prévention, l'association mène des actions auprès des enfants à risque qui pourraient se retrouver dans des situations de précarité. A ce niveau, nous sommes en train de préparer un plan d'action global et réfléchi pour toucher les quartiers les plus défavorisés de la ville de Kénitra.
Quels sont les principaux objectifs de Dar Lekbira ?
Dar Lekbira a comme objectif premier la réinsertion des enfants de la rue dans leur milieu naturel qui est la famille, dans l’école et dans la société. Mais de manière globale, notre mission consiste également à accompagner les enfants accueillis vers l’autonomie et à favoriser leur développement cognitif, intellectuel et culturel. Pour ce faire, nous développons à coté des activités scolaires, un ensemble d’activités ludiques, des sorties de découverte et des colonies de vacances favorisant le sens de l'art, de la découverte et de l'initiative chez l'enfant.
Quels sont les projets à venir de Dar Lekbira ?
Dans le cadre de l'INDH (l'Initiative Nationale du Développement Humain), nous avons bénéficié de la construction d'un centre socio-éducatif d'une capacité d'accueil de 50 enfants. Pour élargir notre activité, nous aspirons à avoir une extension du centre pour accueillir un nombre plus grand d'enfants, et à mettre en place un centre de formation professionnelle pour nos enfants et les enfants des quartiers défavorisés autour du centre.
Nous envisageons aussi d’être présents de manière permanente et effective dans la rue, de développer des programmes de sensibilisation et de favoriser l’accès des enfants à l’éducation, à l’apprentissage et aux activités éducatives et culturelles, et ce dans le but de consolider notre stratégie de prévention au près des enfants en situation de précarité.
Mossaddeq Jamal
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