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Maroc-Algérie: Froid économique aussi

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. Une liste négative de 1.141 produits a été dressée

· La question débattue lors de la prochaine session de la Ligue arabe au Koweït ?


Dans un espace de plus en plus mondialisé, l’Algérie revient au protectionnisme. Le voisin de l’Est vient de décider de fermer ses frontières aux produits en provenance des pays arabes. Il compte faire valider cette décision au cours de la prochaine session du Conseil économique et social (CSE) de la Ligue des Etats arabes, prévue au Koweït du 7 au 11 février.


A cet effet, l’Algérie a dressé une liste négative d’environ 1.141 produits dont elle veut obtenir l’interdiction de l’importation auprès des pays membres de la Zone arabe de libre-échange pour une durée de 3 à 4 ans. Une liste établie par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (Caci) de concert avec les opérateurs économiques. Il s’agit de produits que l’Algérie estime « prioritaires» comme le textile, le papier et carton, les produits agricoles, l’électroménager, l’agroalimentaire… Motif invoqué: protéger l’industrie locale.
Selon une déclaration récente de Boucine Houri, DG du Centre algérien de l’informatique et des statistiques (Cnis) relevant des Douanes, «l’Algérie a entamé début janvier 2010 la mise en place d’une liste négative de plus 1.100 produits dont elle interdit l'importation des pays de la Zale pour lutter contre la concurrence déloyale».
Sur le plan des approvisionnements, le constat aujourd’hui est que l’Algérie reste largement dépendante de l’étranger pour la plupart de ses produits. Ceci étant, quelle région du monde veut-elle donc favoriser au détriment des pays arabes? Plus encore, que vient cacher cette mesure protectionniste? Sachant que l’Algérie avait ratifié la convention de facilitation et de développement des échanges commerciaux interarabes et son programme exécutif visant l’instauration d’une zone de libre échange arabe (Zale). La mise en œuvre de ce protocole, sous l’égide de la Ligue des Etats arabes, censée être effective depuis le 1er janvier 2005, a accusé du retard. Du coup, l’Algérie, qui devait exonérer des droits de douane et des barrières non tarifaires tous les produits en provenance des pays arabes, n’a mis en application cet accord qu’à partir du 1er janvier 2009. Mais au lieu de lever toutes les barrières, un an plus tard, elle prend le monde arabe de court en mettant en place une liste négative.
La nouvelle mesure protectionniste est entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2010. «En procédant ainsi, ce pays renie ses engagements envers la Zale. Cette décision constitue une véritable entorse à la morale du droit international puisque l’Algérie est signataire des accords de libre-échange avec les pays membres de la Ligue arabe», déclare un expert en commerce international qui requiert l’anonymat.
Aujourd’hui, la démarche algérienne reste incompréhensible au Maroc. «La logique veut qu’en cas de problème, l’Algérie s’adresse en premier à la Ligue arabe au lieu de prendre la décision unilatérale de fermer ses frontières devant les exportations arabes», poursuit l’expert.
Evidemment, «cette décision est contraire au principe de la complémentarité entre les pays arabes ainsi qu’aux projets visant à mettre en place un marché commun arabe», estime Kouider Elahoual, chef de la Division des relations commerciales hors Europe au sein du ministère du Commerce extérieur. Mais comment les opérateurs économiques marocains perçoivent-ils cette décision ? Ce n’est pas nouveau: «L’Algérie avait déjà bloqué importations de certains produits en 2009. Elle a aussi interdit le crédit à la consommation dans le but de bloquer les achats de voitures importées. Elle a également imposé des barrières aux investisseurs étrangers comme l’obligation d’avoir un partenaire algérien détenant 51% du capital», déclare Driss Houat, président de la Fédération marocaine des Chambres de commerce et d’industrie. Pour rappel, au cours de l’année écoulée, le gouvernement algérien a également imposé des barrières aux transferts de bénéfices réalisés par les investisseurs étrangers.
Curieusement, l’Egypte reste le premier fournisseur de l’Algérie avec 550,6 millions de dollars (34,3%), suivie de la Tunisie avec 347,5 millions de dollars (21,6%), l’Arabie saoudite avec 166,5 millions de dollars (10,4%), la Jordanie avec 123,9 millions de dollars. Quant aux échanges de l’Algérie avec le Maroc, ils représentent à peine 121,8 millions de dollars, soit 7,6% des échanges globaux au sein de la Zale.Par ailleurs, à fin août 2009, le Maroc a exporté près de 706 millions de DH, soit 46% de plus que la même période en 2008. Quant aux importations marocaines d’Algérie, elles se sont élevées, durant la même période, à 3,17 milliards de DH. Soit une hausse de 46,2%.
La décision de l’Algérie de dresser une liste négative de produits interdits à l’importation sera-t-elle débattue à la prochaine session du conseil économique et social de la Ligue Arabe? Bien qu’elle ne soit pas inscrite à l’ordre du jour, elle sera probablement soulevée par les pays membres.

 



Echanges


En 2009, les importations algériennes des pays de la Zone arabe de libre-échange se sont inscrites à la hausse. Manne du pétrole oblige! En effet, l’import a crû de 46,6% pour atteindre 1,6 milliard de dollars, en hausse de 511 millions de dollars. En revanche, pour la même année, les exportations vers les pays arabes ont chuté de près de 50%. Les chiffres du Centre national de l’informatique et des statistiques (Cnis) relevant des Douanes algériennes montrent que les exportations de l’Algérie vers les pays de la Zale sont tombées de 246,7 millions de dollars en 2008 à 124,7 millions de dollars en 2009 (soit une baisse de 49,44%). La plus importante baisse (53,7%) a touché les produits industriels dont les exportations n’ont pas dépassé 102,8 millions de dollars en 2009, contre 222 millions de dollars en 2008. La moins-value fiscale, due à l’exonération des importations de produits arabes de droits de douanes, est estimée par le Cnis à 92 millions d’euros.

L'Economiste.com

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