Accueil Actualité Actualité A chaque visite du roi, les chefs de la police s'attendent à "dégager"

A chaque visite du roi, les chefs de la police s'attendent à "dégager"

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altPlusieurs responsables sécuritaires, surtout dans la métropole casablancaise, ont pris l'habitude de jouer aux fatalistes, attendant de "dégager" ou s'y attendant, à chaque fois que le roi arrive dans la capitale économique. A une époque où les gens sont tout à fait disposés à risquer leur vie pour s'approcher du roi et lui remettre une lettre ou simplement pour le saluer, l'erreur professionnelle pend comme une épée de Damoclès sur la tête de la police.

Pourtant, aucun de ces policiers n'a jamais été nommément visé par les affichettes "dégage !", brandies tout au long de ces derniers mois par les manifestants… Rien n'y fait, à chaque fois que le roi est à Casablanca, ces policiers se trouvent au seuil de la porte, bien plus menacés que ceux dont les noms ont éraillé les voix des manifestants, à force de hurler leurs noms…

L'imminence de "dégager" sème la confusion dans l'esprit des responsables à l'instant où ils prennent connaissance de la date d'arrivée du roi dans leur ville. Ils entament alors un long processus d'auto-préparation : cela commence par un travail sur soi, un travail d'auto-persuasion – pourtant peu persuasif – sur le fait que leur "dégagement" leur procurera calme et sérénité et les soulagera d'une responsabilité directement liée à des records de diabète et de pression artérielle… puis arrive le moment où on met la famille au fait des risques, où on lui fait partager le poids d'angoisses que l'on peut difficilement assumer en solitaire.
 
Et malgré cette intense préparation au départ, les responsables mettent tout en œuvre pour l'éviter, mobilisent toute leur expérience, accumulée des années durant ; ils tiennent des réunions marathon avec leurs collaborateurs, et donnent des ordres, prennent des mesures, aussi draconiennes que précises pour sécuriser la visite royale, puis arpentent et parcourent la ville en long et en large, traquant ce qui peut compromettre leur avenir professionnel… Las, malgré tout cela, nombreux sont les cas de ceux qui reçoivent le coup de fil fatidique, avec la phrase tant redoutée : "Allez, fais tes valises et rejoins immédiatement telle ou telle ville".
Le chef policier, discipliné, s'exécute sur le champ, et quitte la ville en maudissant sa mauvaise fortune qui l'a placée dans une telle situation. Sur son chemin d"'exil", il se remémore alors les sacrifices qu'il a consentis au service de sa partie, et les nuits blanches qu'il a passées hors de son foyer… Les idées s'enchevêtrent alors dans son esprit, et il n'a plus qu'à accepter le triste sort qui est devenu le sien.
 
Pendant ce temps-là, la vie continue à s'écouler normalement dans la ville qu'il a quittée, sous la direction de son remplaçant, qui vit alors les mêmes angoisses que son prédécesseur, et connaît le même sort en cas de survenue des mêmes dépassements sécuritaires, et ainsi de suite… Que peut-il donc bien se passer pour en arriver là à chaque visite royale ? La police fait-elle donc si mal son travail ? Ou n'est-ce dû, plus simplement, qu'à un manque de moyens et à une logistique insuffisante pour contrôler des gens pour lesquels le roi est le dernier recours capable de régler leurs problèmes ?
 
Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'aucun de tous ces "exilés" n'aura tari d'efforts pour sécuriser les visites royales et faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter tout dérapage, mais il existe deux problèmes qui compliquent les choses : D'abord, l'absence de moyens, qui a établi dans le passé l'impossibilité d'éviter les erreurs de sécurité et, ensuite, l'absence de véritables responsables de la chose publique, qui écoutent les citoyens et tentent de solutionner leurs problèmes sans qu'ils n'aient besoin de l'intervention directe et personnelle du roi.
 

La population en a assez d'entendre les promesses creuses de ce type de responsables, et tous sont unanimes à crier "le roi, et le roi seul !", allant jusqu'à risquer leurs vies pour rencontrer Sa Majesté. Et cela, rien ni personne ne peut l'arrêter, même si pour cela tous les moyens du monde sont réunis

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