Jamais auparavant un tableau d'un peintre marocain n'avait été vendu aussi cher à l'étranger. Le tableau qui a eu le mérite d'inscrire un chiffre historique dans les annales est une huile sur toile de 1968.
On y reconnaît ces traits tourmentés du peintre et une présence dominante du bleu. Ce tableau ouvre sans doute de nouvelles perspectives aux peintres marocains dans les marchés occidentaux. Il est certainement le premier pas vers l'internationalisation de la peinture marocaine.
Jilali Gharbaoui est né en 1930 à Jorf el-Melh près de Sidi Kacem. Très jeune, Gharbaoui perd ses parents. Il est en partie élevé dans un orphelinat. Il fait ses études secondaires à Fès et devient marchand de journaux. Passionné de peinture, Gharbaoui commence à peindre des tableaux impressionnistes, avant de suivre des cours à l'Académie des Arts de Fès. Grâce à l'intervention de l'écrivain Ahmed Sefrioui, alors directeur des Beaux-Arts à Rabat, Gharbaoui obtient une bouse d'études, de 1952 à 1956, à l'école supérieure des Beaux Arts de Paris. Il poursuit ensuite sa formation en arts plastiques à l'Académie Julien en 1957, avant de séjourner un an à Rome, en sa qualité de boursier du gouvernement italien.
De retour au Maroc, Jilali Gharbaoui s'installe en 1960 à Rabat. Après une courte période d'expressionnisme, l'artiste s'achemine vers la peinture informelle. Il peint des tableaux non-figuratifs, fondés sur une gestualité nerveuse. L'intéressé est plus préoccupé par la lumière que par la matière.
Dans un entretien accordé, en 1967, à la revue Souffles, il affirme : « La quête de la lumière est pour moi capitale. La lumière ne trompe jamais. Elle nous lave les yeux. Une peinture lumineuse nous éclaire ».
Gharbaoui a fait deux tentatives de suicide et effectué plusieurs séjours dans des hôpitaux de psychiatrie. Sa vie privée est inséparable de son art. La tension qui se dégage de ses œuvres entretient une juste résonance avec son mal de vivre. Jilali Gharbaoui a été logique avec son mode de vie jusqu'à la mort. Il s'éteint, en 1971, sur un banc public au Champ de Mars à Paris dans la misère la plus totale. Son destin rappelle celui de Modigliani qui n'a pas non plus profité des fruits de sa cote montante.