Victime de la maladie d'Alzheimer, la mère de l'auteur a soudain opéré un véritable "retour en enfance". Devant ce fils qui l'a accompagnée pendant trois ans et qu'elle ne reconnaissait plus, elle racontait, par bribes et comme si elle les revivait, les événements marquants de son enfance et de sa jeunesse. Devant le fils stupéfait s'est déroulée la longue fresque d'un début de vie dont il ignorait à peu près tout, et notamment les deux mariages qui précédèrent celui de ses parents. Ces souvenirs ne sont pas racontés comme tels par la mère, ils ressurgissent de manière délirante, le récit est distordu par l'Alzheimer. Un livre bouleversant sur une fin de vie qui aura également été, d'une certaine manière, un accomplissement.
De cette mère qui s'enfonce dans la nuit de l'esprit, son fils fait une héroïne. Cet écrivain dont elle a seulement pu regarder les livres - elle ne savait pas lire - lui restitue une existence de personnage de roman. Avec les désordres de sa parole, de sa maladie d'Alzheimer, il recompose une biographie que lui-même ignorait et retrouve un Maroc disparu, du côté de Fès, dans les années 1930 et 1940. Tahar Ben Jelloun a publié, en 1990, un émouvant hommage à son père, Jour de silence à Tanger (1). C'était un récit. Aujourd'hui, la couverture de Sur ma mère, porte le mot "roman". Ce livre qu'il a mis longtemps à écrire - "Tanger août 2001- mai 2007" - est en effet le roman de la mère, plein de couleurs, d'odeurs, de paroles... La fin de vie de Yemma est souvent un enfer. Pourtant, elle est déjà "au paradis", elle revoit ses proches, les décrits, se raconte. Son fils prend des notes, pour lui écrire, plutôt qu'un tombeau, un roman solaire et méditerranéen.